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Construction du temps et de l’espace en situation de grandes précarités. Olivier Douville, psychanalyste

 

Bonjour, je remercie les organisateurs de m’avoir invité. Les propos que je vais tenir devant vous ce matin sont issus d’une expérience avec des enfants et des adolescents en errance. Ces enfants et ces adolescents en errance, je les rencontre surtout dans deux lieux différents, de la comparaison desquels surgit un certain nombre d’enseignements. D’une part, une consultation pour adolescents dans la banlieue parisienne, dans des quartiers qu’on dit maintenant « défavorisés » ; d’autre part, en Afrique de l’Ouest, au Mali, un travail sous la tutelle de la direction nationale de la promotion de l’enfant et de la famille que j’ai contribué à mettre en place à Bamako dans la capitale de ce pays en direction des enfants qu’on nomme hâtivement enfants de la rue. Je ressens toujours un agacement devant ce genre de dénomination « enfants des rues », comme si le terme de « rue » pouvait désigner une généalogie alors que ce n’est même pas un espace.

Voilà donc les lieux. Certaines constances repérables dans les façons qu’ont ces jeunes de se présenter à nous mènent à penser à de possibles repères invariants. Cela ne veut pas dire que les situations se ressemblent point par point totalement. Disons plus exactement qu’à considérer un « adolescent dans la banlieue » près de Paris ou un « enfant dans la rue » à Bamako, on retire l’impression qu’il y a quelque chose de neuf dans ce que nous présentent ces jeunes sujets ici ou là : une façon nouvelle, mal répertoriée, mal décodable encore et qui interroge leurs rapports à l’offre soignante.

C’est donc de cela que je vais tenter de parler. Ce qui me mène à parler d’espace et du temps. Nous allons donc travailler ensemble ce matin à propos des usages de l’espace et du temps que font ces sujets. Déjà, il convient de faire le constat d’une déshabitude nécessaire.

Très usuellement, ordinairement, avec ce que cela peut avoir de structurant puis aussi de routinier, on est fondé, à tort, à s’imaginer que pour soigner quelqu’un et ne serait-ce même que pour l’écouter convenablement, il convient de le faire passer d’un espace à un autre, ou pour le dire avec une terminologie plus frappante peut-être, quoique simpliste, il convient de lui faire quitter un espace qu’on va appeler « sauvage », cet espace très vite préoccupant et stigmatisé des grandes tours, des grandes barres, des cités, bref, l’ensemble des lieux où s’échouent les errances dans les villes, aux interstices des villes, aux abords des villes ou encore dans les friches des cités.

Faire passer ce sujet de ce lieu dit sauvage, à un lieu extrêmement policé c’est-à-dire un lieu marqué par des limites, du dedans et du dehors évidemment, (c’est ça la limite) et par des rythmes, serait-ce là le point de départ de toute initiative soignante ?

Je pense ici, en un premier temps, à nos lieux standards de consultation. En d’autres termes, ce sont des lieux qui reposent sur un espace extrêmement euclidien, extrêmement cadré. Et l’on a cette idée qui n’est pas fausse mais qui peut être en tout cas dans un premier temps inappropriée, que c’est en amenant un sujet d’un espace illimité et erratique à un espace euclidien et régulé que l’on peut inaugurer une conduite d’écoute et une conduite de soins. Or, il faut bien se dire que pour un nombre très important et très conséquent de patients qui ont une logique de fonctionnement d’adolescents, cette idée qu’il faille amener le sujet au cœur d’ une institution de droit commun représentée par des dispositifs clos, et bien, cette idée ne marche pas.

Alors je vais vous donner deux exemples si vous voulez.

 

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