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Professeur Maurice BAZOT, psychiatre, alcoologue : De l’exaltation sacrée au mythe du Guerrier : places de la transe et des drogues

 

1 - La guerre, un sujet tabou

L’évocation des mythes suscite régulièrement l’intérêt, la fascination parfois, même si la violence la plus extrême souvent l’accompagne. Meurtres, mutilations, supplices, viols, incestes, dépeçage, rien ne manque et rien, à la limite, ne surprend le représentant des sciences humaines, habitué dans sa pratique ou dans ses recherches à côtoyer les divers avatars de l’expression agie de l’agressivité. Mais que l’on parle de guerre, et changent les attitudes, le spécialiste partageant le plus souvent avec le grand public les mêmes a priori devant ce type particulier de violence et d’horreur, comme s’il était possible de l’éviter. Devant la résistance affichée des enseignants à participer à l’information spécifique des élèves de troisième, « craignant de heurter leurs fortes convictions antimilitaristes », le ministre de la Défense rappelait récemment « qu’il n’est du pouvoir mental et intellectuel de personne de supprimer la violence », et que l’Inde vient de célébrer le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Gandhi, apôtre de la non-violence, en procédant...à plusieurs essais nucléaires.

Georges Dumézil avait fait bien auparavant le constat de cette lacune dans les travaux scientifiques, sans approfondir la nature des résistances, ici à l’oeuvre. Un tel propos ne saurait être développé dans le cadre d’une réflexion essentiellement consacrée au(x) mythe(s) du guerrier, mais il justifie cependant quelques remarques que l’on espère suffisante à maintenir l’attention du lecteur. La guerre, sujet frappé d’opprobre ou de non-dit, , est pour la plupart une abstraction honnie parce qu’elle met en scène la mort, mort reçue, mais surtout la mort donnée : car l’évidence est là : dans une bataille des hommes tuent d’autres hommes. D’où les réticences, les réserves, « l’incompréhension, les yeux baissés, les oreilles bouchées de ceux qui n’y sont pas allés » (1). D’où emploi de périphrases hypocrites (« opérations de maintien de l’ordre » en Algérie), d’où les fausses certitudes (« guerre propre » en Irak, dans l’annulation des pertes irakiennes), reprises dans la littérature (« je veux bien faire la guerre dit l’irascible vieillard. Je la préfère ‘sans morts’ ») (2) .

D’où le discrédit, la condamnation de cette « fonction honteuse » ( ?), pourtant incarnée faite par des hommes, guerriers et combattants.

 

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